Pour célébrer ses 20 ans de carrière, Roch Voisine vient de nous présenter un album double, Best Of Roch Voisine. On y trouve les chansons chéries du grand public de même qu'une entrevue exclusive de 20 minutes avec le chanteur. Pour la sortie de ce nouvel opus, nous avons effectué avec lui un survol de ces deux décennies bien remplies.
Roch, c'est impressionnant de constater que votre carrière totalise déjà 20 ans.
Oui; je réalise à quel point ça passe vite. Je me rends compte que ma carrière est consistante, que j'ai fait beaucoup de choses. Lorsque je prends un peu de recul, je n'en reviens pas du temps qui a filé, mais c'est positif. Ça fait 20 ans que j'exerce ce métier; je me sens plus à l'aise, j'ai de l'expérience. Par exemple, quand je monte un nouveau concert, quand je participe à une émission de télé, cela me sert. C'est plutôt rassurant.
On sent que cet album a été pour vous l'occasion des bilans.
C'est le but du Best Of: dresser le bilan. À l'intérieur de la pochette, nous racontons toutes ces années de carrière, jusqu'à aujourd'hui. Avec les problèmes liés à Internet, comme la copie de chansons, il faut présenter un bel objet et offrir quelque chose de plus. La copie, ça bouffe notre métier. L'ampleur que ça prend, ça fait peur. Ça ressemble au fait de brûler la moitié de la récolte d'un agriculteur.
Vous offrez, sur l'album, trois nouvelles chansons de même qu'une entrevue exclusive de 20 minutes.
C'est normal de le faire avec un projet semblable. Je voulais surprendre les gens. On trouve le Best Of Studio, avec des chansons dont les versions sont connues, et il y a aussi des versions revisitées. Dans la section Best Of Live, on s'amuse un peu plus avec des arrangements différents. J'ai aussi inclus trois nouvelles pièces: Garder le feu, Ne me laisse jamais partir et Quelque part.
Garder le feu, c'est la chanson que nous entendons à la radio présentement.
Oui. Je me sens heureux, car cette très belle chanson est positive, ce qui est rare. Les grandes ballades font généralement pleurer, je le sais, j'en ai écrit plusieurs. (sourire) Mais c'est agréable d'avoir une chanson qui nous aide à nous lever le matin. Elle va bien avec l'idée du Best Of: après 20 ans de carrière, il faut le garder, ce feu. J'ai travaillé avec des Français, et j'ai retouché le texte avec eux. C'est évident qu'une partie de la chanson est personnelle. Elle tombe bien, comme un cadeau du ciel.
Vous avez pour projet de retourner en France?
Oui; le Best Of est déjà sorti là-bas et je dois m'y rendre à la fin d'octobre. J'y retournerai aussi en décembre pour en faire la promo. Par la suite, ça ira au printemps prochain. Nous avons plusieurs autres projets, notamment un album en anglais, que je prépare actuellement.
Nous l'entendrons à quel moment?
Sûrement pas avant un an. Nous n'avons pas fixé de date et nous ne nous prononçons pas encore sur ce sujet.
Vous êtes papa de deux garçons. Je présume que vous ne souhaitez pas vous éloigner de votre famille trop longtemps.
C'est certain que je ne partirai plus pour des tournées de trois ou quatre mois. Je serai absent pendant trois semaines au maximum. Mes horaires vont me permettre de revenir régulièrement. Je ne suis pas le premier père de famille qui fait ce métier, mais c'est important quand on a des enfants en bas âge d'être présent. On ne peut pas trop s'éloigner. Je vais toujours m'organiser pour revenir, même si ce n'est que pour deux jours. Aujourd'hui, Internet et la Webcam, ça nous permet de garder le contact. Si je mange mon spaghetti à minuit et que mon fils mange le sien à 18 h, nous mangeons en même temps! Avec les enfants, c'est la présence qui compte.
En 20 ans de carrière, quels ont été les moments les plus marquants pour vous?
Il y en a eu beaucoup... Le premier concert que j'ai fait à la Fête du Canada, en 1986, s'est révélé un moment vraiment important pour moi. À l'époque, j'étais tellement gêné.
C'est à ce moment que vous avez compris que cette carrière était possible...
Oui, même si j'envisageais un autre avenir. J'étudiais en physiothérapie, et je devais faire une demande d'admission en médecine l'année suivante. Je serais probablement médecin aujourd'hui. La musique, je l'ai choisie librement, parce que j'aime ça. Je suis chanceux, je fais ce que j'aime.
Vous souhaitez enseigner cela à vos enfants?
Je suis de ceux qui croient que les sermons ne servent à rien. Le message le plus clair, c'est l'exemple. Je me souviens aussi de mon premier concert à Terrebonne, quand j'ai présenté mon premier vrai spectacle. C'était en 1989. Il y a eu également les concerts à la Place des Arts et mon premier album. Finalement, je constate que toutes les premières fois sont importantes. Je me rappelle aussi la folie européenne.
Et des moments difficiles, vous en avez traversés?
Les périodes d'isolement durant les premières années de ma carrière. Vivre un succès aussi fou... Les gens qui m'entouraient ont fait ce qu'ils ont pu avec les moyens qu'ils avaient. Ils m'ont protégé, ils ont essayé de m'avertir d'avance, alors je n'ai pas été traumatisé par ce succès. J'ai été très isolé et j'ai passé des mois et des mois dans les chambres d'hôtel avec un bodyguard devant la porte. Ce n'était pas nécessaire. L'un d'eux m'avait dit que, s'il pouvait sortir prendre un verre dans un bar avec les Rolling Stones après un concert, il était capable de le faire avec moi... Je menais une vie tout à fait normale, mais en parallèle: je n'avais pas d'amis dans le show-business, j'habitais aux États-Unis... C'est difficile, c'est schizophrénique et je ne me sentais pas bien là-dedans. J'ai toujours aimé avoir mon petit coin, mes amis, et j'avais cette nature bien avant d'exercer ce métier. J'ai dû accepter le fait d'être une personnalité. Je suis chanceux: au Québec, le public et les gens sont très respectueux.
Avez-vous déjà douté de votre capacité à mener cette carrière?
Non. Je me suis souvent posé des questions sur la manière de le faire, sur l'éloignement, mais je n'en ai jamais douté. Mes priorités ont changé. Je ne souhaite pas être le meilleur chanteur du monde et faire le tour de la planète sans fin. Je n'ai pas besoin de ça dans la vie. Je veux composer des chansons et les chanter. C'est déjà un grand privilège en soi. 7J